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Iceberg deuxième partie

Iceberg deuxième partie
Hello everybody !!

Quelle belle journée ! Pas de cours ! J'aime les grêves !

Sa me donne le temps de vous mettre la deuxième partie de Iceberg....



Iceberg de Fred Kassak
deuxième partie


Je n'y tiens plus. Que peut-elle bien fabriquer là-haut avec lui ? Il y a déjà plus de vingt minutes qu'elle est montée. Tant pis, j'y vais. C'est un peu mesquin, ce que je fais là. Je devrais la laisser profiter de son reste avec Georges. Mais elle oublie tout de même qu'elle est chez moi. Elle pourrait y mettre du tact !

Je pénè
tre à mon tour dans la villa et monte l'escalier. Je m'arrête devant la porte de leur chambre. Pas besoin de tendre l'oreille pour entendre le bruit des baisers à l'intérieur. C'est plus fort que moi, j'entre.

Irène se lève vivement du lit en reboutonnant son corsage. Elle est devenue très rouge. Georges, qui est resté allongé, me regarde entrer sans piper.

- Vous
auriez pu frapper, remarque Irène d'un ton pincé.

-
Pardonnez-moi, dis-je, mais je ne pensais pas qu'à cette heure-ci, vous...

Je m'
éclaircis la gorge et demande le coeur battant, car de sa réponse dépend la réussite de mon plan :

- Que
penseriez-vous d'une balade avec la voiture ?

J'ai
réussi, non sans mal, à devenir « l'ami de la famille ». Irène m'invita à prendre le thé un dimanche et me présenta le fameux Georges.

Un des
plus mauvais après-midi de mon existence. Jamais je n'ai eu autant l'impression de ne pas exister. Dès cette visite, j'ai compris qu'un tel amour ne pouvait laisser de place pour aucun autre et que, de Georges et moi, l'un était de trop.

I
l aurait été beau encore ! Mais il était laid - une espèce d'avorton à moitié chauve - et son caractère semblait aussi malgracieux que son apparence. Tel était celui qui empêchait Irène de rechercher un homme capable de lui apporter un amour sérieux. Un homme qui, lui au moins, l'épouserait. Moi.

Et
elle gâchait sa vie pour un être qui, dans son inconscience, ne s'apercevait même pas du sacrifice !

Très
rapidement, j'ai donc été amené à conclure que ce serait un vrai service à lui rendre que de la débarrasser de Georges. Un service dont elle ne me saurait évidemment aucun gré si elle apprenait que je le lui avais rendu, mais il importe de savoir faire malgré eux le bien de ceux que l'on aime.

Elle le
pleurerait sans doute pendant quelque temps, mais tout s'oublie. Elle l'oublierait. Dans mes bras.

L'en
nui c'est que je ne pouvais faire disparaître Georges n'importe quand. En semaine, j'ignorais où il se trouvait et il eût été trop dangereux d'interroger Irène sur ce point: elle aurait pu s'en souvenir par la suite. Je ne pouvais atteindre Georges qu'un seul moment où il m'était possible de le voir, c'est-à-dire pendant le week-end. Bon. Je savais quand. Maintenant, il fallait savoir comment. J'ai tout envisagé, même le poison, mais rien ne convenait. Trop dangereux pour moi, pas assez pour lui. Je commençais à désespérer quand j'ai pensé à la voiture.

J
'ai préparé mon affaire longtemps à l'avance. J'ai commencé par inviter Irène pour un week-end (en tout bien tout honneur, comme il se doit), dans la villa que possède ma famille à Bouville.

Comm
e je m'y attendais, elle m'a répondu qu'elle ne voulait pas venir sans Georges. Sur quoi je l'ai assurée que jamais ne me serait venue l'idée de les inviter l'un sans l'autre . Georges pouvait venir aussi, naturellement ! Avec sa voiture !

Ai
nsi s'est prise l'habitude des week-ends, ainsi n'est-ce pas la première fois que nous venons jusqu'ici avec la voiture. C'est un endroit qu'Irène et moi apprécions beaucoup, pour des raisons différentes.

Irène,
c'est parce que nous dominons la ville et, au-delà, la mer ; que l'on peut admirer un panorama somptueux et repérer Le Havre et la côte anglaise grâce à une table d'orientation.

M
oi, c'est d'une part parce que la beauté du lieu distrait précisément Irène des contingences ; d'autre part, parce que du petit rond-point où est située la table d'orientation, partent deux chemins à très forte pente ; celui d'où nous venons et qui débouche cent mètres plus bas sur une route à grande .circulation et un autre plus étroit mais tout aussi intéressant qui aboutit droit à la lisière d'un terrain privé dont la barrière de clôture, basse et très vermoulue, se trouve juste au bord de la falaise qui tombe à pic dans la mer.

Nous no
us arrêtons près du petit rond-point. Irène bloque le frein et se dirige aussitôt vers la table d'orientation. Elle est d'excellente humeur et ne semble plus me tenir rigueur de mon irruption intempestive de tout à l'heure, dans la chambre. Georges, toujours aussi indifférent et qui ne s'intéresse pas au paysage, reste dans la voiture.

Jusqu'à
présent, tout s'est bien passé comme à l'accoutumée. Mais cette fois, je fais un petit geste de plus : après avoir laissé galamment Irène me précéder, d'un coup sec du pied, je débloque la pédale du frein. Puis, je suis Irène sans même me retourner : que Georges aille se faire caramboler par les voitures de la route ou se fracasser sur les rochers de la falaise avant de s'engloutir dans la mer, peu m'importe, je ne suis pas sadique. Seul le résultat compte.

Je
sens, derrière moi, la voiture commencer à s'ébranler tranquillement, à prendre de la vitesse. Encore un instant, rien qu'un instant, tout sera fini.

Mais, so
udain, Irène se retourne vers moi en souriant

- R
egardez comme la mer...

Elle n'achève pas. Ses yeux s'agrandissent. Elle hurle :

-
La voiture ! Georges !...

Ell
e fait demi-tour, me bouscule et s'élance vers la voiture, qui dévale le chemin (à ce moment seulement, je constate que le sort a choisi la falaise).

Irène peut-elle espérer rattraper la voiture ? Je cours derrière elle le moins vite possible en criant : « Mon Dieu ! » et tout en souhaitant que Dieu ne se mêle de rien et laisse la voiture et son contenu accomplir leur destin.

Irène trébuc
he, chancelle, se rattrape, perd une de ses chaussures à talons hauts, se débarrasse de l'autre, repart. Je n'aurais pu croire qu'une fille pouvait courir si vite : elle parvient au niveau de la voiture juste au moment où celle-ci atteint le bord de la falaise, saisit la poignée. Elle s'arc-boute, tente de freiner la voiture qui l'entraîne. Je hurle, et cette fois sincèrement :

- Mon Dieu !
Irène Je ne voulais pas cela !

Je voulais la
perte de Georges, pas la sienne ! Je me précipite pour la retenir à mon tour, mais quand j'y parviens, ce n'est déjà plus la peine et mon aide est devenue inutile : Irène, toute seule, a réussi à stopper la voiture.

Elle halè
te, pleure, rit tout ensemble en saisissant dans ses bras Georges qui s'est mis à hurler.

- Georges, mon
chéri, sanglote-t-elle, mon ange, mon trésor, mon tout-petit !

Elle le ber
ce. Elle lui murmure des mois mystérieux, qu'il comprend et qui l'apaisent. Ils se sourient ; de nouveau les voilà ensemble, complices, dans un tête-à-tête dont je suis exclu. Je n'existe plus. Irène ne m'accorde pas un regard.

Elle ne paraî
t pas soupçonner la responsabilité que j'ai eue dans l'accident. Si elle s'en doutait, me dénoncerait- elle ? Ça ferait bien l'affaire des journaux à sensation : « Un jeune homme tente de supprimer le bébé de trois mois pour épouser la mère... ».

Mais il n
'y aura pas de gros titres, parce que je suis malin et qu'Irène ne se doute de rien. Je me penche sur Georges et je fais à ce gêneur, que son père n'a pas reconnu, des: « Gui, gui, gui, gui », des « areuh, areuh » et des « agoo, agoo, agoo ».

C'est ma maniè
re à moi de lui dire dans sa langue : « Aujourd'hui, Georges, tu t'en es bien tiré, mais je recommencerai, à l'occasion d'un autre week-end. Je recommencerai, Georges, et cette fois-ci, je ne te raterai pas ! »

Et Georges semble me comprendre, car il me regarde fixement, fait la moue et se remet à hurler.

Fred KAS
SAK, Iceberg
n
ouvelle extraite de Le Masque vous donne de ses nouvelles Librairie des Champs-Elysées, 1989


Fin

Surpris ?

A la semaine prochaine

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# Posté le mardi 15 avril 2008 08:35

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